Le Voyage Lyrique - Initiation à l'opéra

Le Voyage Lyrique - Initiation à l'opéra

Orphée à l'opéra

 

orpheee_devant_pluton_et_proser Perrier.jpg 

Orphée devant Pluton et Proserpine, François Perrier, vers 1647-48 - Musée du Louvre. 

 

"J'ai perdu mon Eurydice"... cet air de Gluck, si simple et si touchant, est sans doute un des plus célèbres de tout le répertoire lyrique. Orphée s'est retourné, il n'a pas respecté l'interdit, il a cherché à regarder l'Invisible, peut-être même à connaître des secrets inaccessibles aux simples mortels... et il a perdu son épouse, son amour, son âme, et pour la seconde fois alors que, par le pouvoir magique de sa musique et de son chant, il était parvenu à attendrir jusqu'aux Dieux des Enfers. 

Cette histoire, simple, émouvante, et en même temps si riche de sens et de symboles, dont le héros n'est rien mieux que le premier des poètes et musiciens, ne pouvait que séduire les compositeurs d'opéra.

De fait, on a recensé deux cent cinquante-neuf œuvres musicales dont Orphée est le sujet, composées depuis la fin du XVIème siècle jusqu'à nos jours : opéras bien sûr, mais aussi cantates, ballets, masques, mimodrames... Parmi les opéras, plusieurs sont même des oeuvres charnières, représentatives des grands enjeux esthétiques et musicaux de leur époque : L'Orfeo de Monteverdi voit la naissance de l'opéra, l'Orphée et Eurydice de Gluck celle de la réforme de de l'opéra à l'époque classique, et Orphée aux Enfers d'Offenbach consacre la naissance de l'opéra bouffe, avant que les compositeurs du XXème les plus divers ne prennent possession d'un sujet devenu polymorphe.

Je vous propose un voyage à travers toute l'histoire de l'opéra en quête de ce descendant d'Apollon, Orphée, le premier des poètes et musiciens et le plus célèbre des amoureux. 


Le mythe d'Orphée

Avant de commencer notre périple musical, revenons tout d'abord aux lointaines origines d'un mythe qui nous a été transmis par les Grecs. Orphée apparaît dans les textes anciens vers le VIème siècle avant JC. Il y est déjà célébré comme poète, devin, fondateur des vieux cultes, et argonaute auprès de Jason. Il sera ensuite mentionné par Eschyle et Hérodote, qui évoque pour la première fois les mystères orphiques. A la fin du Vème siècle, Euripide montre Orphée charmant les puissances infernales, célébrant des orgies bachiques (il deviendra plus tard le chantre d'Apollon !), entraînant par ses chants les pierres, les arbres et les bêtes. Aristophane le considère comme un des plus anciens poètes et comme l’inventeur des initiations religieuses. Platon parle souvent du rôle d’Orphée comme musicien et poète, fondateur des cultes et apôtre de la civilisation. Il raconte également son voyage aux Enfers. Mais dès l'origine, Orphée est avant tout le musicien par excellence qui, de sa lyre, apaise les éléments déchaînés de la tempête, charme les plantes, les animaux, les hommes et les dieux. Pour les Anciens, Orphée était donc considéré comme un personnage ayant vraiment existé et auteur de nombreux ouvrages dits orphiques.

Descendant d’Apollon, qui lui a offert sa lyre à sept cordes, Orphée serait né en Thrace, dans la péninsule balkanique, plusieurs générations avant Homère, d’une muse (ordinairement Calliope) et d’Apollon, ou bien du roi de Thrace Oeagros (à moins que ce ne soit une divinité fluviale).

On lui attribuait de nombreux voyages : on le conduisait jusqu’en Egypte, d’où il aurait rapporté l’initiation aux Mystères et la doctrine de l’autre vie. Il participa à l’expédition en Colchide avec les Argonautes. Jason, sur les conseils du centaure Chiron, aurait  en effet emmené le musicien pour désarmer les Sirènes, apaiser les querelles et donner la mesure aux rameurs.

Orphee_argonaute.xlsx_image044.png

Orphée et la Sirène, Hannaux

 

Mais la légende la plus célèbre, immortalisée par Virgile et Ovide (puis par les compositeurs d’opéra), est celle qui mena Orphée jusqu’aux enfers. Grâce à la magie de la musique, il parvient à obtenir des Dieux des enfers la libération de sa femme Eurydice, tuée par un serpent, alors qu’elle fuyait les avances d’Aristée. Mais une condition est posée : qu’il ne la regarde pas avant qu’elle soit revenue à la clarté du jour. Pris d’un doute au milieu du chemin (on ignore lequel... peut-être se demande-t-il si Perséphone aurait pu se jouer de lui ? A moins que, trop passionné, il ait été trop pressé de voir le visage de sa femme), Orphée se retourne et Eurydice disparait à jamais.

Les versions les plus riches de cette aventure nous sont livrées par Virgile (quatrième livre des Géorgiques) et Ovide (Métamorphoses, X,68 et suiv.; XI, 1 et suiv.).

Eurydice et Orphee Rubens.png

Orphée et Eurydice devant Hadès et Perséphone - Rubens - Madrid Prado

 

Sur la mort d’Orphée, les traditions varient. Selon la légende la plus populaire, Orphée, inconsolable, devint misogyne, repoussa l’amour des femmes de Thraces et détourna du mariage les autres hommes. Il finit ses jours tué par les Bacchantes (Ménades ou Bassarides)de Thrace dont il dédaignait l’amour. Son corps fut mis en pièces (comme Dionysos et Osiris au passage). Ovide nous dit même que les Ménades se préparèrent à cet acte en exerçant d’abord leur fureur sur un attelage de bœufs. Ses membres dispersés furent jetés dans le fleuve ou dans la mer et ensuite recueillis, réunis et ensevelis par les Muses. Sa tête fut portée par les flots jusqu’à Lesbos où elle rendit des oracles et sa lyre devint une constellation.

On dit aussi qu’il fut puni par les Bacchantes car il avait abandonné le culte de Dionysos pour celui d’Apollon. On raconta également qu’Orphée avait été foudroyé par Zeus pour avoir révélé les mystères aux hommes…

 

Orphée et les Bacchantes Giordano.jpg

Orphée et les Bacchantes, Giordano

 

Tête orphée.jpg

Gustave Moreau

Orphisme et christianisme

Tout le monde grec vénérait la mémoire d’Orphée : il était un des plus anciens poètes et musiciens et on lui attribuait un des premiers rôles dans l’histoire de la civilisation. On disait également qu'il avait rapporté des enfers de mystérieux secrets qu'il avait décidé de partager avec les hommes, mais uniquement avec ceux qui seraient dignes, les initiés. De cette vie légendaire naquit ainsi une doctrine ésotérique et religieuse, l’orphisme, complexe et polymorphe, d’interprétation difficile, connue par un ensemble de textes et d’hymnes, très élitiste et basée sur le principe des mystères et de l'initiation. L'extension géographique de la légende d’Orphée correspond sans doute à celui de ces confréries orphiques.

(Consultez cet article pour en savoir plus sur l’orphisme)

 

La théogonie et philosophie des orphistes tendait vers le monothéisme et apparemment, ils furent  également parmi les premiers à développer le concept d'une âme indépendante du corps, qui aspirerait à s'en échapper pour retourner dans les sphères célestes. Cette âme serait piégée dans le monde matériel et condamnée à y rester à travers le cycle des réincarnations (animales ou végétales), avant d'être suffisamment pure pour pouvoir s'en dégager définitivement. 

 

Orphée a également inspiré certains auteurs chrétiens des premiers siècles qui voyaient en lui le vainqueur des forces brutales de la nature, semblable à Jésus qui avait triomphé de Satan, et qui comme lui était descendu aux Enfers. Les Chrétiens affirmaient également qu'Orphée avait connu en Egypte les livres de Moïse, dont il aurait tiré l'essentiel de sa doctrine. 

 

Orphée mosaique.jpg


Orphée aux origines de l’opéra

La faculté d'Orphée à apprivoiser les bêtes sauvages, faire pleurer les rochers et communiquer avec le hors-d’atteinte, le monde des morts, fait d’Orphée un chaman, mais un chaman musicien tenant de sa lyre et de son chant ses pouvoir d’envoûtement. 

Ce n’est pas un hasard si les deux premiers opéras de l’histoire ont pour sujet le mythe d’Orphée. A la Renaissance, ce poète musicien devient une figure du rapprochement souhaité entre la poésie et la musique, et celui dont la musique permettait à l’homme de se rapprocher de l’harmonie des sphères.

 

L'Euridice (1600), favola drammatica de Giulio Caccini et Jacopo Peri

Florence, Palazzo Pitti, 6 oct. 1600 : mariage par procuration de Marie de Medicis avec Henri IV.

L'Euridice de Peri est considéré comme le premier opéra véritable, même si Peri avait apparemment déjà composé un Dafne en 1597 (perdu), et participé à la composition des intermezzi de La Pellegrina en 1589, qui était une sorte de proto-opéra, créé également au Palazzo Pitti.

Le texte d'Euridice était d’Ottavio Rinuccini (1562 – 1621), poète, membre de la Camerata dei Bardi. Il s’agissait d’un groupe d’humanistes florentins qui tentèrent de restaurer l’Antique et de recréer le théâtre lyrique grec. Or La Poétique d’Aristote, très en vogue, définissait la tragédie comme incluant du langage « rendu plaisant par différents moyens incluant le rythme, la mélodie ». En cherchant à réaliser l’union idéale entre poésie et musique, les membres de la Camerata ont finalement inventé une toute nouvelle forme artistique : la monodie (ou récitatif, ou recitare cantando). Cette sorte de déclamation en musique qui était considérée comme la plus adaptée au but qu'ils s'étaient fixés, car elle rendait le texte poétique intelligible (contrairement à la polyphonie et au contrepoint en vogue dans la musique de la Renaissance). La monodie permettait également une amplification des émotions par le moyen de la musique, celle-ci devant avant tout chercher à «émouvoir l’âme ». Pour la Camerata, le compositeur devait donc étudier la diction des acteurs dramatiques (sons, rythme) et exprimer grâce à la musique les sentiments contenus dans le texte poétique.

 

L’Euridice de Peri est une des premières tentatives d’application concrète de ces principes, de cette volonté d’allier tragédie et musique, le premier exemple de déclamation en musique. La musique y est servante et n’a d’autre fonction que de soutenir la déclamation, car l’expression est supposée entièrement contenue dans les mots.

 

D'un point de vue musical, l'Euridice met en place de nombreux codes qui deviendront canoniques dans l'opéra :  succession des parties en solo lyrique, en duo et en chœur, alternance de passages plus ou moins dramatisés auxquels correspond un phrasé plus ou moins chanté, ce qui va du langage parlé normalement à l'aria en passant par le récitatif. De même, la complexité des harmonies et le nombre d'instruments en jeu se veulent signifiants dramaturgiquement.

 

Il s'agit également du premier opéra abordant le mythe d’Orphée, qui deviendra immédiatement l'argument le plus populaire du genre qui venait naître : en moins de vingt ans, Peri, Caccini, mais aussi Monteverdi, Domenico Belli et Stefano Landi composèrent chacun un opéra sur ce thème.

Notons également que les décors furent d’emblée très importants. Ils étaient de l’ingénieur Buonarroti, neveu de Michel-Ange. On vit successivement « une grande arcade illuminée comme en plein jour et, dans des bois superbes, les statues de la Poésie et de la Musique ; puis un désert aride avec des roches et des marais ; puis la cité infernale de l’Hadès en flammes sous un ciel de cuivre ; puis à nouveau, dans son harmonie paisible, le premier tableau ».

 

Argument :

La Tragédie (contralto) vient expliquer qu’en l’honneur du mariage royal, elle adoucira son langage habituel et ne fera pas couler le sang.

Acte I

Un village d’Arcadie prépare dans la joie les noces d’un jeune couple ; Orphée et Eurydice vont se marier et tous chantent leur grâce et leur beauté. Eurydice et ses compagnes s’éloignent pour aller se préparer à la cérémonie. Survient la nymphe Daphné porteuse d’une affreuse nouvelle. Eurydice a été mordue par un serpent ; elle est morte en soupirant le nom d’Orphée. Le reste de l’acte n’est qu’une longue désolation où alternent chœur et voix solistes.

Acte II

Il se déroule aux Enfers. Orphée est allé chercher Eurydice pour l’arracher à la mort. Pluton lui oppose un refus formel au nom de l’ordre établi qui est inviolable. Mais toutes les divinités, Vénus qui protège Orphée, Proserpine qui a le cœur plus tendre que son mari, jusqu’au terrible Charon, sont sensibles à la beauté du chant du poète. Pluton se laissera fléchir et rendra sa bien-aimée à Orphée.

Acte III

Nous nous retrouvons sur la place du village. L’inquiétude est grande car Orphée n’est pas encore rentré. Aminte apporte un message d’espoir. Les deux époux sont vivants et heureux. Nous les voyons enfin apparaître et le chœur chante les louanges de la poésie et de l’amour qui, unis, peuvent triompher de la mort.

 

La version complète de cette oeuvre est disponible ici :


 

Notons aussi l'existence d'une Euridice (1602), opéra de Giulio Caccini sur le même texte d’Ottavio Rinuccini.

 

L’Orfeo, favola in musica, (1607), opéra de Claudio Monteverdi sur un livret de Alessandro Striggio

Orfeo partition.jpg

 

Cette oeuvre est considérée comme fondatrice du genre lyrique. C'est véritablement le premier chef d'oeuvre lyrique qui soit resté à la postérité. Cette "Favola in musica" a été représentée, pour la première fois, en petit comité, dans la grande salle du Palais ducal de Mantoue, le 24 février 1607.

L’Orfeo a profité de l’expérience de l’Euridice de Peri. Le Duc de Mantoue, qui avait vu cette oeuvre, confia à Monteverdi la charge de battre les Florentins sur le même sujet et la réputation de l’Orfeo fut immédiate. Comme chez Peri, le Prologue met en scène une allégorie d’adressant aux spectateurs, mais elle n’est plus la Tragédie, elle est la Musique, elle n’est plus la servante de la parole. Le pouvoir d’Orphée est désormais musical.

 

Le « poème » est d’une qualité exceptionnelle et destiné à un public très élitiste. Il a été pensé pour les membres de l’Académie Florentine, une association de lettrés dont le "librettiste" Striggio, faisait partie. Il consacre l’adhésion de Monteverdi et Striggio aux théories religieuses et philosophiques de la Florence de la Renaissance : le néoplatonisme chrétien, que l’on retrouve à chaque page de l'Orfeo.

C'est l’effort de conciliation de la pensée humaniste entre la théologie chrétienne et la philosophie des Anciens qui se réalise dans Orfeo. Ils sont alors en quête de l’unité de la vérité à travers la pluralité des révélations : il s’agit d’intégrer le paganisme grec dans un ensemble de préfigurations du christianisme. L’académie platonicienne de Florence développe ainsi une croyance en la prisca theologia : l’humanité devrait son patrimoine religieux aux figures de l’Ancien Testament mais aussi à des figures païennes telles que Hermès Trismégiste, Orphée, Pythagore et Platon. Orphée est ainsi considéré à cette époque comme l’initiateur, le maître de Pythagore et Platon. Ses vers renfermeraient des vérités religieuses et il serait le fondateur de la religion grecque dont il aurait appris les rites en Egypte ainsi que de l’orphisme. Ses disciples auraient en outre transmis la science des nombres à Pythagore et à Platon. Les néo-platoniciens de la Renaissance tentaient également de pratiquer le chant dans un but magique (Les « Hymnes d’Orphée » de Pic de la Mirandole, les Hymnes orphiques de Marcel Ficin.), en tentant de se rapprocher de l'harmonie des sphères. 

 

D’un point de vue musical, le génie de Monteverdi vient du fait que ce compositeur de madrigaux a su utiliser tous les styles musicaux disponibles à son époque, des plus traditionnels aux plus novateurs : alors que L’Euridice de Peri est construite contre la tradition de la polyphonie ancestrale. Monteverdi utilise tous les langages : madrigaux, ensembles vocaux à plusieurs voix, canzonetta à une voix, et le nouveau recitar cantando (monodie). De plus, par son écriture musicale, il parvient à conférer une personnalité à chaque personnage : Charon est une brute, Eurydice est fragile et sensible, Pluton et Proserpine s’aiment…

 

L’Orfeo

Prologue : allégorie de la musique où elle s’adresse aux seigneurs présents.

« Dal mio Permesso »

Dès le Prologue, le poète fait chanter la Musique en soulignant les effets qu’elle procure. Il nous ramène à la figure d’Orphée vers laquelle se tournent les Humanistes de la Renaissance. L’esprit de l’homme peut selon eux recevoir une influence bénéfique des astres : il faut rechercher une musique se trouvant dans un rapport harmonique avec la musique céleste. Cette pensée relève donc d’une esthétique métaphysique qui confère à la musique une fonction sacrée.  Nous trouvons cette fonction célébrée dans l’opéra de Monteverdi.

 

 

Acte I

Prologue et 1er acte se présentent comme une cérémonie orphique. Les bergers expriment l’harmonie et la concorde de l’âge d’or, l’innocence du bonheur primordial, du paradis perdu (avant la blessure du serpent).

 

Acte II

L’incorporation à la musique d’une situation dramatique, qui constitue la vraie nouveauté, ne commence qu’au deuxième acte. L’émotion culmine dans le récit de la Messagère

 

Acte III - Dialogue au bord du Styx entre Orphée et Charon.

Création d’une ambiance musicale originale. Récit de Charon qui s’exprime gauchement et sans souplesse. Orphée tente de séduire Charon dans un langage musical très novateur pour l’époque.

« Possente spirto ».

 

Acte IV

Dialogue entre Proserpine Pluton. Striggio et Monteverdi appliquent d’instinct la balance shakespearienne entre comique et tragique. 

 

Seconde perte d’Eurydice. Une scène d’une émouvante gravité.

 

Acte V

Orphée prolonge son existence dans les campagnes de Trace. Mais la nature ne lui répond plus comme avant. Il a perdu son âme. Il se met alors à pester contre toutes les femmes.
L’arrivée d’Apollon (à la place des bacchantes) donne l’occasion du premier duo d’opéra de l’histoire. Deux voix qui se mélangent et s’enlacent. Orphée est avant tout le chantre du soleil et son destin est d’adorer éternellement la divinité. Il retrouvera au Ciel les yeux d’Eurydice, symbole d’une fusion de l’amour profane et de l’amour divin. L’amour humain d’Orphée est comme le reflet de l’amour sacré.

 

 

L'intégralité de cette oeuvre, génialement mise en scène par Jean-Pierre Ponnelle, est disponible ici, avec sous-titres en français : 

 

 

La morte d'Orfeo (1619), opéra de Stefano Landi

Tragicomedia pastorale en cinq actes, sur un livret de Landi lui-même, inspiré de La Favola d’Orfeo écrite par Angelo Poliziano en 1484, composée durant l’été 1619, alors que Stefano Landi séjournait à Padoue, dans l’entourage du cardinal Scipione Borghese.

L’argument est différent des premières œuvres et se concentre sur la mort d’Orphée.

Invité dans l’Olympe par le cercle des dieux, Orphée est sur le point de célébrer son anniversaire. Après son retour des enfers, le musicien avait fait vœu de ne plus avoir de contacts avec les femmes et de ne plus boire de vin ; profondément offensé par ces résolutions, Bacchus livre Orphée aux Ménades qui le mettent en morceaux. Jupiter accueillera pourtant Orphée dans l’Olympe en tant que demi-dieu.

A la différence de son quasi-contemporain Monteverdi, Landi n’hésite pas à introduire d’innombrables tournures comiques : Charon, le passeur des enfers, offre au malheureux barde l’eau du Léthé sur un diabolique air à boire, tandis que les Satyres cumulent maladresses sur bourdes. Il introduit également d’importantes scènes chorales qui contribuent fortement à l’architecture de l’œuvre. Cela n’empêche nullement les scènes tragiques d’être d’autant plus dramatiques et intenses. Alternent les récitatifs et les airs strophiques. Tous ces éléments se combinent dans un opéra qui semble être le véritable précurseur de l’opéra baroque.

  

Intégralité de l'oeuvre :


 

Orfeo dolente (1627), Favola in musica de Domenico Belli

Il s’agit d’une scène où le héros narre son infortune à sa mère Calliope. Rien ne peut infléchir Pluton, et le chœur tragique entonne une pluie de lamentations, fixant contre toute attente et sans fin heureuse, le sort effrayant de l’amant.

"Le compositeur qui servit à la Cour de Cosme II de Medicis et fut jusqu’à sa mort en 1627, maître de chapelle à San Lorenzo, incarne le plus haut degré de la scène florentine : un art entièrement ouvragé autour du verbe. Ici aucun doute, la parole prime sur la musique. Grave, éploré, son Orfeo semble même apporter un joyau dans l’art si essentiel du lamento. Avec lui, une page est tournée, et Florence en 1616 a déjà donné le meilleur de ce qu’elle pouvait offrir sur la scène. Bientôt, Rome puis Venise reprendront le flambeau de l’innovation baroque." (source : https://operabaroque.fr)

 


Orfeo (1647), opéra de Luigi Rossi

« Mariage d’Orphée et Eurydicetragi-comédie en musique et vers italiens, avec changement de théâtre et autres inventions jusqu’alors inconnus en France », fut représentée dans le théâtre construit par Richelieu au Palais Cardinal devenu Palais Royal, le 2 mars 1647, avec les machineries de Giacomo Torelli et la chorégraphie de Giovanni Battista Baldi.

Mazarin veut faire venir l’opéra italien en France. Il y invite toute l’Italie, et notamment le compositeur romain Luigi Rossi auquel il commande un Orfeo, un des opéras les plus étonnants du siècle. Tous les tons, tous les styles s’y mêlent, comique et tragique. Vénus est une entremetteuse, Proserpine est jalouse d’Eurydice, Aristée est un soupirant désespéré… L’Orfeo de Rossi est un nouveau tournant : l’opéra baroque première manière a trouvé sa forme qui est de n’en avoir pas et de tout mélanger.

Il a en outre appris aux Français ce qu’était l’opéra.


« Cet ancien livret, commence aux premières amours d’Orphée et d’Eurydice et finit après la mort du chantre de la Thrace et son apothéose. Ces amours, protégées par Junon et contrariées par Vénus ; la rivalité d’Aristée, la fuite d’Eurydice, qu’un satyre veut enlever; la morsure du serpent ; Vénus déguisée en vieille pour jouer auprès d’Eurydice le rôle d’une matrone ; les noces d’Orphée et d’Eurydice ; Momus qui préside au repas et tient des propos médisants, fort lestes sur le mariage des laides, qui donne peu de contentement, et le mariage des belles qui présente beaucoup de dangers ; la danse des amours et des hyménées, des nymphes et des satyres, des bergers et des bergères ; Apollon descendant sur son char qui parcourt les douze signes du zodiaque ; Endymion arrivant à pied au festin : tout cela se trouve dans le premier acte. Les deux derniers ne sont pas moins remplis. Douze décorations, combinées avec artifice, frappèrent d’admiration les spectateurs assez heureux pour être admis aux représentations d’Orfeo. Les changements se faisaient à vue, et le machiniste produisit sur le théâtre : Une ville forte assiégée et défendue, Un temple entouré d’arbres, La salle du festin donné pour les noces d’Orphée, Un intérieur de palais, Le temple de Vénus, Une forêt, Le palais du Soleil, Un désert affreux, Les Enfers, Les Champs-Élysées, Un bocage sur le bord de la mer, Enfin l’Olympe et le firmament ».  Castil-Blaze Opéra italien de 1548 à 1856

 

Orphée devant les Parques

 

 

Orphée devant Pluton et Proserpine

 

Final :

 

L'intégralité de cette production est disponible ici :


 

Autres Orphée italiens : 

La lira d'Orfeo - Antonio Draghi – 1683

Orfeo– Antonio Sartorio – 1672

Teatro San Salvatore de Venise. Avec sa division marquée entre les airs (environ 50) et les récitatifs, l’œuvre marque une transition de style entre l’opéra vénitien de Francesco Cavalli et le nouvel opera seria.

I lamenti d'Orfeo (1749), opéra de Giovanni Ristori

 

Et en France... la Tragédie lyrique s'y met aussi .... un tout petit peu ! 

Orphée, opéra de Jean-Baptiste Lully et Louis Lully – 1690 - Livret de Michel du Boullay

La France des XVIIème et XVIIIème siècle a tout de même connu des Orphée, mais peu. Le plus important est celui d'un des deux fils de Lully, Louis. Ce qui a rebuté nos meilleurs compositeurs devant Orphée, c'est le peu de matière. Bien sûr, il aurait été possible de créer des personnages autour, de développer largement, comme le fait l'Orfeo de Luigi Rossi, mais justement : la France avait vu cet Orfeo, et ce qui avait fait le plus d'effet, c'étaient les décors et la machinerie ! L'opéra baroque italien était en effet tout plein d'excès que la France s'était hâtée de condamner : plus de retenue. Et de fait, si elle s'est permise une grande liberté d'emploi du merveilleux, des chœurs et des danses, de la machinerie, c'était uniquement dans le cadre très défini du divertissement : pas de pyrotechnie ni vocale, ni surtout dans l'action – car les opéras baroques italiens sont pleins de rebondissements, de personnages plus ou moins superflus. Orphée, c'est un sujet italien, avec tout le péjoratif que cela implique au XVIIème siècle – et cela ne s'arrangera pas au XVIIIème, puisqu'il sera marqué de querelles incessantes entre les partisans de la musique française et ceux de la musique italienne ! D'ailleurs, l'un des Orphée français est de Campra : il s'agit d'un divertissement inséré dans l'acte III du Carnaval de Venise ; il est intitulé « opéra » et est en italien. Il faut tout de même noter que c'est un curieux mélange, puisque l'Orphée de ce petit opéra dans l'opéra est… haute-contre, la voix française par excellence ! Néanmoins, toutes les caractéristiques du style italien sont là, à commencer par les vocalises

 

Et il y avait déjà un divertissement sur le thème d'Orphée dans le Ballet des muses de Lully, où l'une des entrées montrait Orphée – Lully jouant du violon, point de voix – charmant une nymphe de ses sons harmonieux – et la nymphe, elle, chantait. Une entrée au milieu d'autres. Le mythe d'Orphée n'a donc vraisemblablement pas paru assez riche pour en faire une tragédie entière. Et puis il était trop italianisé...

(source http://www.musebaroque.fr/MB_Archive/Articles/enfers_orphee.htm)

 

La descente d'Orphée aux enfers H 488 (1686), opéra de Marc-Antoine Charpentier

Opéra de chambre (H 488), en deux actes, pour neuf voix, composé fin 1686 ou début 1687 pour la duchesse de Guise.

Dans La Descente d’Orphée aux enfers, le librettiste (inconnu) a choisi de faire mourir Eurydice au milieu de la première scène pastorale célébrant ses noces. Orphée, désespéré, voulant la suivre dans le trépas, finit néanmoins par se résoudre, en suivant les conseils d’Apollon, à tenter d’« implorer la puissance du prince ténébreux qui règne chez les morts» (acte I). Traversant les enfers, croisant et charmant furies et fantômes, Orphée réussit à émouvoir Proserpine, qui convainc Pluton de laisser Eurydice regagner le monde des vivants (acte II). 

La célèbre condition à laquelle est soumise cette faveur (« pour la regarder ne te retourne pas ») est énoncée juste avant la scène finale ; aussi n’a-t-elle aucune conséquence dramatique : l’opéra se termine plutôt sur un « chœur d’ombres heureuses, coupables, de furies et de fantômes » qui, dans les enfers, pleurent le départ d’Orphée « vous partez donc Orphée » (Cité de la Musique – janvier 2004)

Voici Orphée, séduisant les puissances infernales : 


 

 

Citons également, Orphée et Euridice ou La descente d'Orphée aux enfers (1770), un opéra du compositeur autrichien installé en France Joseph Starzer, période pré-classique. 

 

Et en Angleterre : 

Orpheus and Uridice (1697), masque de George Weldon

Euridice (1750), pasticcio de Georg Wagenseil

 

Quelqu'autres Orphée de cette époque :  lente émergence de l'opéra allemand... avec Orphée !

 

Orpheus von Thracien (1659), opéra de Johann Jakob Löwe

Orpheus und Eurydice, der Hölle-stürmenden Liebes-Eifer (1683), Singspiel de Johann-Philip Krieger

Orpheus (1698), Singspiel de Reinhard Keiser

Orfeo ed Euridice (1715), opéra de Johann-Josef Fux

Peu d'informations nous sont parvenues au sujet de l'Orphée et Eurydice de Johann Joseph Fux (en italien bien entendu). L'ouvrage ne bénéficia pas de la même postérité que son célèbre traité sur l'art du contrepoint, le Gradus ad parnassum (1725). Réalisé sur un livret de Pietro Pariati, cet opéra est créé au Hoftheater de Vienne en 1715 pour célébrer l'anniversaire de Charles VI.

Air : "Felice io me n'andrò"


 

Orpheus oder die wunderliche Beständigkeit der Liebe (1726), opéra de Georg Philipp Telemann.

Première représentation en version concert à Oper am Gänsemarkt d’Hamburg en mars 1726. Le livret est basé sur l’Orphée de Michel du Boulay, mis en musique par Louis Lully. En voici le synopsis.

Acte I

La Reine Orasia de Thrase aime Orphée, qui la rejette en faveur d’Eurydice. La reine prévoit alors de tuer Eurydice alors qu’elle cueille des fleurs. Orphée dit à son ami Eurimède qu’il est fatigué de la vie à la cour d’Orasia et s’enfuie à la campagne. Eurydice, mordue par un serpent, meurt dans les bras d’Orphée.

Acte II

Orphée descend aux Enfers pour sauver Eurydice. Il charme le Roi des Enfers par sa musique. Le Dieu l’autorise à rentrer avec Eurydice à la condition qu’il ne se retourne pas avant d’avoir atteint le monde des vivants. Orphée n’y parvient pas et perd Eurydice à jamais.

Acte III

Orasia pense qu’Eurydice morte, Orphée pourra l’aimer. Mais il rejette ses avances. Furieuse, elle jure de se venger et incite les suivantes de Bacchus à tuer Orphée. Elle s’en repend quand elle a une vision d’Orphée uni à Eurydice dans la mort. De désespoir, elle se suicide.

 

L'Orfeo (1752), opéra de Carl-Heinrich Graun

Tragedia per musica en trois actes, créé en 1752 à l’Opéra Royal de Berlin, à la demande de Frédéric le Grand, pour l’anniversaire de la reine mère Sophie Dorothée de Prusse. Le livret élargit également l’action en intégrant d’autres personnages : la reine de Thrace Aspasia, éprise d’Orfeo et qui consent d’abord à son mariage avec Euridice, avant d’inciter les Furies à provoquer la mort de sa rivale.

 

 Orphee-aux-enfers-de-Jacquesson-de-la-Chevreuse©Musee-des-Augustins-Toulouse.jpg

Orphée aux enfers  - Jacquesson de la Chevreuse


Orfeo ed Euridice - Orphée et Eurydice – (1762, version de Vienne ; 1774, version de Paris), opéra de Christoph Willibald Gluck

Avec Gluck, Orphée va faire une fois de plus basculer l’histoire de la musique. Gluck, qui a composé en tout 107 opéras, pratique d’abord l’opera seria comme presque tout le monde en Europe.

 

A Vienne, Gluck entre en relation avec le poète italien Ranieri de’ Calzabigi qui partage les idées de réforme de l’opera seria qui sont soutenues par les philosophes français, Diderot, Rousseau, Voltaire. Cette rencontre marque un tournant dans son évolution artistique et leur collaboration conduira à une réforme de l’opéra dans laquelle s’inscrivent ses œuvres les plus célèbres.

Mais c’est avec Orphée qu’il va opérer une réforme radicale du genre lyrique, présentée dans la préface de son opéra Alceste, et posant le problème dans les mêmes termes que Monteverdi cent cinquante ans plus tôt : « Je cherche à réduire la musique à sa véritable fonction, celle de seconder la poésie pour fortifier l’expression des sentiments et l’intérêt des situations, sans interrompre l’action et la refroidir par des ornements superflus. »

Il s’agit d’opérer un retour aux origines de l’opéra qui avait pour mission de raconter une histoire de manière simple et naturelle et d’exprimer des émotions renforcées par le pouvoir de la musique. Orphée et Eurydice (1762) mais aussi son Iphigénie en Tauride (1779) sont d’une grande simplicité et d’une grande sobriété musicale, préférant un certain style de déclamation à la française à la virtuosité et aux aria da capo de l’opera seria.

 

Le point initial de la réforme gluckiste sera Orfeo ed Euridice (version italienne avec castrat), créé à Vienne le 5 oct. 1762. En 1773, Gluck travaille sur un opéra en français d’après une tragédie de Racine «Iphigénie en Aulide». Il se rend donc à Paris en 1773 à l’invitation de Marie-Antoinette dont il était le professeur de clavecin. Elle lui apportera ensuite sa protection. Iphigénie en Aulide remporte un grand succès.

La version française, d’Orphée et Eurydice, remodelée pour haute-contre (ténor aigu) français, et encore épurée de ses restes de virtuosité, est créée le 2 août 1774 et jouée 47 fois consécutives avec un grand succès. Les accents dramatiques, le sérieux continu de l’action, l’orchestre nourri et expressif séduisent les Français.

Les opéras de Gluck vont déchaîner les passions et raviver les anciens conflits. En 1776, le compositeur italien Piccini débarque à Paris, conduisant à une controverse restée célèbre : la querelle des gluckistes et les piccinistes tenants de la musique italienne et de l'opera seria (1775-1779). Marie-Antoinette, dans une lettre à sa sœur, souligne l’émoi et l’excitation que Iphigénie en Aulide avait suscité à Paris : « C’est incroyable, on se divise, on s’attaque, comme si s’étoit une affaire de religion».

C'est que Gluck opère une révolution de la sensibilité à l’opéra. Le public parisien découvre en 1774 une certaine violence d’émotion, un paroxysme de sensibilité. La jeune aristocrate, Julie de Lepinasse, pleurant la mort de son jeune amant, verse alors d'abondantes larmes lors de la représentation d'Orphée et Eurydice et écrit ces mots restés célèbres : « Je sors d’Orphée ; il a amolli calmé mon âme. J’ai versé des larmes mais elles étaient sans amertume. » « La musique a été si profonde, si sensible, si déchirante, si absorbante, qu’il m’était totalement impossible de parler de ce que je sentais ; j’éprouvais le trouble, le bonheur de la passion ». « La musique a été inventée par un homme sensible qui avait à consoler des malheureux. Cette musique me rend folle, elle m’entraîne, je ne puis manquer un jour. Mon âme est avide de cette sorte de douleur. »

De nombreux témoins confessent avoir éprouvé un effet inconnu d’eux, une impression inusitée par sa force, des « transports indescriptibles ». C’est la première fois que l’on vient écouter une tragédie jusqu’au bout avec une attention continue et en versant des larmes. Mais certains refusent ce qu’ils appellent « ce dur ébranlement des organes » qui nuirait à la douceur de l’émotion. Pour eux, ce bouleversement émotif ne relève pas du plaisir musical.

La polémique suscitée par la venue de Gluck à Paris relève de cette acceptation ou non de ce surcroît de sensibilité dans la musique. L’œuvre marque le passage d’une ancienne conception du plaisir placide, hédoniste, pure contemplation de la beauté et de la virtuosité sans projection émotive à une autre faisant plus appel à la sensibilité.

 

D'un point de vue structurel, il n’y a plus de séparation entre arias da capo clos et récitatifs secs (une des conventions les plus contraignantes de l’opera seria) mais des récitatifs accompagnés qui assurent des transitions plus souples avec les airs et ensembles. Les airs ne sont plus da capo mais plutôt de forme strophique (couplets) ou rondo, avec parfois un récitatif accompagné entre chaque strophe.  La virtuosité vocale est quasiment absente. Enfin, le poème d’Orphée ne s’éloigne jamais de l’action, il n'y a aucun personnage secondaire, et intègre les passages lyriques, les airs, à l’action dans une volonté de conserver une grande intensité dramatique du début à la fin de l'oeuvre. 

Les apports de Gluck auront un impact important sur l’histoire de l’opéra, et notamment sur les œuvres des compositeurs allemands qui suivront (Mozart, Weber, Wagner).

 

Les différentes versions d’Orphée et Eurydice :

- Création en italien au Burgtheater de Vienne, le 5 oct. 1762 avec castrat.

- 1774, version en française remodelée (ajout de ballets) et transposée pour haute-contre, modification de l’orchestre, refonte de l’oeuvre et développement de la pensée de Gluck.

- 1859, Orphée et Eurydice de Gluck version Berlioz pour contralto. Mélange des deux autres versions.

 

L’argument reprend l’histoire de base, sans ajout de personnages secondaires, à l’exception d’Amour. C’est lui qui annonce à Orphée que les Dieux lui permettent d’aller chercher Eurydice aux enfers, à la condition qu’il ne la regarde pas. Etant parvenu à charmer les Furies, il pénètre aux Champs-Elysées où il trouve Eurydice et l’entraîne, sans la regarder. Celle-ci ne comprend pas pourquoi et pense que son époux ne l’aime plus. Dans ces conditions, elle préfère rester aux enfers. Orphée, ne résistant pas à ses suppliques, finit par se retourner, et Eurydice meurt de nouveau dans ses bras. Mais c’est trop d’émotions pour le public de cette époque, et Gluck et son librettiste choisissent une fin heureuse pour conclure leur opéra : Amour, touché par le malheur d’Orphée, vient redonner vie à Eurydice et tous célèbrent le pouvoir le l'amour... 

On constatera au passage que toute la dimension philosophique et ésotérique du mythe, encore perceptible dans l'Orfeo de Monteverdi, a disparu. Orphée est devenu une simple et belle histoire d'amour. 

 

L'oeuvre de Gluck est une merveille, du début à la fin. Voici quelques extraits particulièrement marquants : 

 

Air d'Amour :


 

Orphée et les Furies (version française)

 

Les Champs-Elysées

Ballet des ombres heureuses :


 

Premier air d'Eurydice :

 

 

Le retour :

 

Second air d'Eurydice 

 

"J'ai perdu mon Eurydice", version ténor : 


 

Magnifique version italienne également : 


 

Et une version magnifique, en allemand : 


 

Orfeo ed Euridice (1776), opéra de Ferdinando Bertoni

Ferdinando Bertoni compose son Orfeo en 1775, soit treize ans après celui de Gluck. Comme ce dernier, il réalise son œuvre à partir du livret de Ranieri de Calzabigi et demande au grand castrat de l'époque, Gaetano Guadagni, d’incarner le rôle-titre. Reconnaissant dans la préface de l’ouvrage que la partition de Gluck l’a accompagné lors de la composition de l’opus, il souligne toutefois que les deux œuvres comportent de nettes différences que l’oreille avertie saura distinguer. Son œuvre ne manquera toutefois pas de susciter la controverse, notamment chez les partisans gluckistes de Paris qui l’accusent de plagiat. Grand succès dès ses premières représentations, l'Orfeo de Bertoni voyagea en Europe jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, avant de progressivement tomber dans l’oubli.

 

Une curiosité : "Che faro senza Euridice ?", "J'ai perdu mon Eurydice", version Bertoni. 

 

 

Et une autre curiosité :  premier air d'Orphée (qui décide partir chercher Eurydice aux enfers) ... attribué à Bertoni, mais en fait de Gluck


 

Au passage, citons pour cette période :

Orfeo (1781), ballet en 5 actes de Joseph Schuster

Orfeo ed Euridice (1784), opéra de Tommaso Giordani

Orpheus og Eurydike (1786, Copenhague), opéra de Johann Gottlieb Naumann

 

L'anima del filosofo ossia Orfeo ed Euridice (1791), opéra de Joseph Haydn

L'âme du philosophe, ou Orphée et Euridice, Hob. 28/13, est un dramma per musica en quatre (ou cinq) actes composé par Joseph Haydn en 1791 sur un livret de Carlo Francesco Badini. Composé à Londres, cet opéra italien s’inscrit dans une série de commandes du King’s Theatre. Il s'agit du dernier opéra de Joseph Haydn, et du seul qu'il composa en dehors d'Esterháza. 

Alors que la Révolution française fait rage, la première représentation n'eut finalement jamais lieu. Interrompue par la force publique au cours de la première répétition, l’œuvre ne fut créée sur scène qu’en 1951, avec Maria Callas en Eurydice. 

L'oeuvre, emblématique de la période des Lumières, opère un retour à la version d'Ovide, où Orphée est déchiré par les bacchantes. Aristée devient un symbole du fatum opposé à la volonté. Le père d'Eurydice, Créonte, sage philosophe, déclare à Orphée : « Modère tes désirs, cherche dans la philosophie ton salut ». L’Enfer est promis à ceux qui n’ont su trouver la sagesse et l'échec d’Orphée est lié à son incapacité à dominer ses pulsions, malgré l’aide d’une messagère devenue Genio, guide spirituel autant que géographique dans les méandres de l’en-bas."

 

En voici le final. Orphée vient de se retourner, et Eurydice a disparu :


Orphée au XIXème siècle

Au XIXème siècle, Orphée est un peu négligé : vingt-deux compositions, ce qui est peu, dont un Lied de Schubert et une cantate de Delibes… On a un peu peur de Gluck.

 

Schubert - Lied - "Orpheus" D 474 ou "Chant d'Orphée descendant aux enfers". Orphée brave les Dieux infernaux, évoquant les charmes de la vie des humains et leur commisération pour les morts. 

 

 

Texte et traduction ici : http://www.lieder.net/lieder/get_text.html?TextId=93301

Orphée aux Enfers (1858), opéra-bouffe de Jacques Offenbach

Orphée affiche.jpg

Le seul à ne pas avoir peur de Gluck - c'est le moins qu'on puisse dire - est Jacques Offenbach. Orphée aux Enfers sera sa première œuvre inoubliable, le premier grand opéra bouffe. Le jeu consiste à inverser chaque détail, moins du mythe, que de ce que les siècles en ont fait. Eurydice est une coquette, Orphée un violoniste ringard, ils se détestent d’ailleurs. Aristée est Pluton lui-même, qui désire la mort d’Eurydice pour qu’elle devienne sa maîtresse aux Enfers (au passage, Pluton, basse profonde depuis la naissance de l'opéra, est devenu haute-contre, ce qui le rend particulièrement ridicule). Le chœur antique est transformé en Opinion Publique pontifiante… Jupiter (enfin, Jupin, Ernest, baron de Jupiter, alias Napoléon III) est un coureur de jupons (bon, cela ne change pas, mais les autres Dieux se moquent allègrement de lui) et la danse des bacchantes va devenir l’hymne universel du French Cancan.

 

En 1858, harcelé par les créanciers, Offenbach cherche une nouvelle pièce pour renflouer les caisses du de son théâtre. Depuis quelque temps, il songeait à mettre sur scène les divinités de l'Antiquité. Son ami et conseiller Ludovic Halévy (neveu du célèbre compositeur Jacques Fromental Halévy) avait d’ailleurs préparé un scénario qu'Hector Crémieux s’était chargé de mettre en dialogues. En 1858, ce dernier apporte régulièrement au compositeur des scènes que ce dernier met aussitôt en musique. La première version en 2 actes et 4 tableaux d’Orphée aux Enfers est créée le 21 octobre 1858. Une certaine presse (Berlioz et notamment Jules Janin, célèbre critique du Journal des Débats) crie au scandale. On ne doit pas ridiculiser la Grèce Antique, berceau de la Culture. Le librettiste Crémieux révèle alors le lendemain que la tirade la plus ridicule de l’opéra est du même Jules Janin. Succès assuré : tout le monde se précipite aux Bouffes. Au bout de deux semaines, le théâtre joue chaque soir à guichets fermés. L’ouvrage obtient 228 représentations consécutives pour la première série. Orphée est également joué à Vienne, Londres, Bruxelles, Berlin. Le succès sans précédent de l’œuvre devient mondial, même en Russie. Elle devient l’ouvrage fétiche d’Offenbach, remis à l’affiche à chaque fois que les finances sont mauvaises. Le temps de l’offenbachiade est lancé. Après la guerre de 1870, Offenbach, avec la collaboration de Crémieux, met au point une nouvelle version élargie de l’opéra. Devenu un opéra féerie en 4 actes et 12 tableaux, Orphée aux Enfers permet au théâtre de la Gaîté d'encaisser des recettes jamais atteintes dans cet établissement. La première de cette nouvelle version a lieu le 7 février 1874.

Orphée aux Enfers est considéré comme une des meilleures partitions d’Offenbach et également comme le premier grand « opéra bouffe » français. La satire se situe sur plusieurs plans :

- Le mythe d’Orphée (Ovide et Virgile) et l’Antiquité

- La politique et les grands, avec Napoléon III en Jupiter coureur de femmes et Eugénie assimilée à une Junon jalouse.

- L’Orphée et Eurydice de Gluck (style Rococo avec bergers, bergères, moutons frisés typique de la période). Offenbach se moque de l’Antiquité telle qu’on la voyait au XVIIIème siècle. 

 

En voici quelques extraits, dans la version mise en scène par Laurent Pelly à l'Opéra de Lyon.

A l'acte II, Orphée arrive en Olympe pour réclamer son Eurydice. Il n'en est pas vraiment ravi, mais y est forcé par l'Opinion publique... Jupiter se fait un plaisir d'inviter tous les Dieux de l'Olympe à profiter de l'occasion pour aller visiter les Enfers, qui ont l'air bien plus amusants que cet ennuyeuse Olympe, avec son ciel toujours bleu, son écoeurante ambroisie, et ses histoires de famille. 

 

"Duo de la mouche"

Jupiter, transformé en mouche séduit Eurydice qui s'ennuie ferme aux enfers... On connaît les fameuses "métamorphoses" de ce séducteur de Zeus... le taureau, la pluie d'or... alors pourquoi pas une mouche, puisque l'abeille de Napoléon eut été trop voyante...


 

Eurydice se déguise en bacchante pour échapper à Pluton


 

Galop infernal

Le fameux French Cancan n'apparaîtra que sous la Troisième République, lors de la reprise d'Orphée aux Enfers. Il s'agit d'une danse appelée "galop"... ici, tout commençait en un très classique Menuet dansé par "Jupin", qui dégénère, car les Dieux ont bien l'intention de s'amuser aux Enfers avec les démons !

 

Orphée vu par Hector Berlioz

 

Mais Gluck était le Dieu d’un autre compositeur de l’époque, Hector Berlioz qui écrivait : « Il a accéléré la véritable émancipation de l’art musical et hâté le moment où poésie et musique seront deux mots synonymes pour toutes les âmes ardentes et les intelligences élevées. ». Berlioz entreprend donc en 1859 d’orchestrer l’opéra de Gluck et de l’adapter pour une voix de femme, celle de son amie la contralto Pauline Viardot (la version pour ténor haute-contre étant devenue inchantable.) C’était un peu pour lui un acte de réparation suite aux « indignités » commises par les Bouffes Parisiennes !

 

Berlioz avait déjà dans sa jeunesse, en 1827 dans le cadre d’un des concours pour le Prix de Rome, composé une « Cantate sur la mort d’Orphée, H.25 », dans laquelle Orphée est déchiré par les Bacchantes. Berlioz échoua d'ailleurs cette année-là...

 



Orphée au XXème siècle

 

delville-12209dig-l.jpg

Jean Delville (1893)

 

De l’opéra au ballet, de la pantomime pour voix, orchestre et bande magnétique, du dodécaphonisme à la tonalité et la musique traditionnelle grecque, Orphée se fait le témoin de l’éclatement des formes musicales au XXème siècle. En voici une petite sélection.

 

Les Malheurs d'Orphée (1924), opéra de Darius Milhaud

Opéra en 3 actes de Darius Milhaud. Paroles de Armand Lunel. Représenté pour la première fois au Théâtre de l'Opéra-Comique, à Paris, en 1926.

Orphée, un pauvre rebouteux de village, a épousé la bohémienne Eurydice, avec laquelle il se réfugie auprès de ses amies les bêtes. Mais Eurydice meurt. Ses sœurs viennent la venger et frappent Orphée, qui meurt à son tour en tendant les bras vers celle qu’il aimait et qu’il croit voir s’avancer vers lui...

 

Eurydice mourante dans la cabane d'Orphée :


 

Grand air d'Orphée, acte III


 

Orpheus und Eurydike (1926), opéra d'Ernst Krenek

Le texte en allemand est basé sur la pièce d’Oskar Kokoschka, créée en 1921. L'écrivain est alors marqué par sa passion tumultueuse avec Alma, la fille de Mahler. En 1923, Kokoschka fait savoir qu’il est en recherche d’un compositeur pour créer de la musique de scène. Cette approche expressionniste et psychologique du mythe d’Orphée intéressa le compositeur autrichien Krenek (qui, au passage, épousera pour un an, la même Alma Mahler). Ils décident alors d’en faire un opéra. L’œuvre, sur une musique atonale, est créée à Kassel en 1926.

Le thème est celui de l'amour en pièces : Orphée et Eurydice, après l'épisode tant de fois narré, vivent heureux ensemble, s'étant juré fidélité éternelle, lorsque les Furies viennent la chercher pour un nouveau séjour aux Enfers. Elle y devient la maîtresse d'Hadès, au grand désespoir du poète qui, revenu la chercher, ne pardonnera pas cette trahison et s'enfoncera dans le désespoir. Il retrouvera pourtant l'ombre aimée après son propre décès, pour une ultime étreinte et une séparation définitive, laissant l'espoir d'amour à d'autres humains.

La partition est typique des années d'après Première Guerre mondiale, au croisement de nombreuses influences : rythmiques à la Stravinsky, ambiances impressionnistes à la Debussy et une dose d'atonalité, anticipation de l'univers de Berg et du Wozzeck qui allait suivre deux ans plus tard.

 

Voici un extrait de l'acte I :


 

La favola d'Orfeo (1934), opéra en un acte d'Alfredo Casella

Alfredo Casella (1883- 1947) est un compositeur, chef d'orchestre et pianiste italien de la première moitié du vingtième siècle. S'inscrivant dans la grande tradition de la musique instrumentale européenne, Casella opère un savant mélange de diverses époques et tendances musicales.

La favola d'Orfeo est un opéra de chambre en un acte composé en 1932. Passionné de l'époque classique, le compositeur fait le choix d'une formation légère. Le livret ne conserve que l'essentiel du mythe et propose une succession rapide des principaux moments de l'œuvre tels que la mort d'Eurydice, la descente d'Orphée aux enfers, le dialogue avec Pluton, le retour avec Eurydice, mais aussi la transgression de la loi divine menant à la disparition ultime d'Eurydice.

 


 

Orfeu da Conceicao (1947), comédie musicale de Vinicius de Moraes

Vinicius de Moraes est un personnage clef de la musique brésilienne contemporaine. Comme poète, il a écrit les paroles de nombre de chansons devenues des classiques. Orfeu da Conceição est une adaptation sous la forme d'une pièce musicale du mythe grec d'Orphée, transposée à la réalité des favelas de Rio. Le film musical Orfeu Negro de Marcel Camus sorti en 1959 est adapté d'Orfeu da Conceição. Il a reçu la Palme d'or au Festival de Cannes 1959.

Orphée, sambiste vivant sur la colline, fils d'un musicien et d'une blanchisseuse, tombe amoureux d'Eurydice. La passion entre Orphée et Eurydice suscite la jalousie et le désir de vengeance de Mira, une ancienne petite amie de la samba, qui conduit Aristeu, amoureux d’Eurydice, à la tuer. Le mardi, dernier jour du carnaval, Orfeu descend de la colline et se rend au club Les Infernal Majors après la mort d’Eurydice. Déjà affolé, il va chercher Eurydice pour voir sa bien-aimée, essayer de la retrouver, et rentre dans sa favela.

En voici l'ouverture : 


 

Orphée 53 (1953) opéra de Pierre Schaeffer et Pierre Henry

Dans les années 50, Pierre Henry faisait scandale en inventant la musique concrète avec Pierre Schaeffer. La musique ne s’écrivait plus avec des notes sur une partition destinée à des interprètes, mais à partir de sons et de bruits de notre environnement, collectés, montés et transformés par la machine. Les moyens étaient rudimentaires, mais l’imagination débordait. Orphée 53 est le premier opéra de musique concrète. Sa création provoque un certain retentissement lors de sa création au Festival de Donaueschingen. Paul Henry élaborera par la suite deux reconstitutions de cet ouvrage : en 1954 (Voiles d'Orphée I) puis en 1958 (Voiles d'Orphée II, utilisé pour un ballet de Maurice Béjart).


 

Orpheus, (1978) eine Geschichte in 6 Szenen (2 Akten) de Heinz Werner Henze

Orpheus behind the wire (1981-83), pour chœur mixte de 4 à 12 voix, de Heinz Werner Henze

Inspiré par le mythe d'Orphée (au sujet duquel il réalise notamment deux ballets, de la musique symphonique et de la musique de chambre), le compositeur allemand Hans Werner Henze, formé à la musique sérielle, compose en 1983 un opéra écrit pour douze voix (trois sopranos, altos, ténors et basses). A cappella, les voix récitent cinq poèmes d'Edward Bond, l'un des collaborateurs favoris du compositeur. 

 


 

Orphée (1993), opéra de chambre de Philip Glass

Compositeur proéminent du XXe siècle et pionnier de la musique minimaliste, Philip Glass réalise en 1993 un Orphée, opéra de chambre en deux actes et 18 scènes pour ensemble et solistes. L'ouvrage est écrit sur un livret du compositeur, basé sur le scénario du film éponyme de Jean Cocteau réalisé en 1950. Il s'agit de la première œuvre d'un triptyque dédié au réalisateur et écrivain français.

 

orphee.jpg.asset_rgb.jpg

 Jean Marais - Orphée - Jean Cocteau 

 

Orphée a voulu suivre sa femme qui vient d'être mordue par un serpent et Hadès lui a dit : si tu veux la retrouver il faudra qu'elle te suive hors des Enfers sans que tu te retournes. Orphée respecte cet ordre mais il finit par regarder en arrière au dernier moment et Eurydice disparaît à jamais.

Orphée est un poète reconnu. Un jour, alors qu'il est au café des poètes de sa ville, il voit arriver un jeune poète saoul, Cégeste, accompagné d'une femme élégante. Ce dernier provoque une bagarre générale dans le café, et lors de cette altercation générale, il se fait renverser par deux motards qui prennent la fuite. La femme (qui est la Princesse) fait transporter le jeune poète dans sa voiture et ordonne à Orphée de l'accompagner. Arrivé chez la Princesse, le jeune poète Cégeste est mort. Son spectre se réveille, et reconnaît la Princesse comme étant sa propre mort. Il la suit à travers un miroir, pour passer dans l'autre monde.

Orphée assiste à la scène et devient obsédé par la Mort, incarnée par le personnage de la Princesse. Il en tombe amoureux. Il se réveille dans la campagne, et le chauffeur de la Princesse, Heurtebise, le reconduit chez lui. La femme d'Orphée, Eurydice, l'a attendu avec inquiétude. On apprend qu'Orphée et Eurydice sont un ménage exemplaire, et que l'amour qui les unit fait l'objet de l'admiration de leur entourage. Mais le comportement d'Orphée se modifie complètement à la suite de sa rencontre avec la mort.

Il passe ses journées dans la voiture d'Heurtebise, à écouter la radio : elle seule peut capter une fréquence inconnue, où sont diffusées des phrases poétiques, qu'Orphée note et reprend à son compte. C'est en réalité le spectre du jeune poète mort qui diffuse ces messages pour maintenir Orphée à l'écart de sa femme.

Eurydice, qui est enceinte, est désespérée par le comportement d'Orphée. Elle passe le plus clair de son temps avec Heurtebise. Un jour, elle reçoit la visite de la Mort d'Orphée, qui la tue par jalousie. Heurtebise tente en vain de prévenir Orphée du grand risque couru par sa femme, mais Orphée ne l'écoute pas et reste dans la voiture à noter les phrases poétiques.

Lorsqu'il se rend compte qu'Eurydice est morte, Orphée est sous le choc. Heurtebise lui propose alors de le suivre dans l'autre monde, à travers le miroir, pour retrouver sa femme. Orphée accepte, après avoir dit qu'il souhaite retrouver sa femme, et la Mort. Arrivé dans le monde souterrain, Orphée se retrouve au procès de la princesse : les autorités de l'autre monde lui reprochent d'avoir fait preuve d'initiative en tuant Eurydice. La mort d'Orphée reconnaît être tombée amoureuse d'Orphée. Heurtebise quant à lui, avoue être tombé amoureux d'Eurydice.  Le verdict des juges tombe : Orphée et Eurydice peuvent retourner dans le monde des vivants, mais plus jamais Orphée ne pourra poser les yeux sur sa femme, sans quoi elle disparaîtra à tout jamais.

De retour dans le monde des vivants, la vie d'Orphée et d'Eurydice devient un enfer, tant il est difficile d'éviter de se regarder. Eurydice a compris qu'Orphée est tombé amoureux de sa mort, et souhaite le délivrer en le forçant à la regarder, mais elle n'y arrive pas.

C'est finalement par hasard, un jour où Eurydice vient rendre visite à Orphée dans la voiture d'Heurtebise, qu'Orphée la voit dans le rétroviseur : elle disparait instantanément. À ce moment-là, les amis du jeune poète décédé viennent attaquer la maison d'Orphée, car ils veulent savoir où a disparu leur jeune ami Cégeste, après qu'on l'a vu monter en voiture avec la Princesse et Orphée. Lors de l'altercation, Orphée reçoit une balle perdue et meurt.

À nouveau dans le monde souterrain, il retrouve la Princesse, à qui il jure un amour éternel. Cette dernière décide de se sacrifier, afin de rendre Orphée immortel : Heurtebise remonte le temps avec Orphée, et change le cours des événements. Orphée et Eurydice se retrouvent dans leur chambre, ayant oublié ce qu'ils ont vécu, et s'aimant comme au premier jour.

 Orphée Cocteau.jpeg

Voici une des scènes finales : la Princesses/Mort d'Orphée, décide de se sacrifier pour offrir l'immortalité au poète. 


 

Un extrait du film de Cocteau... La Mort se débarrasse d'Eurydice ! 


 

Orphée traverse le miroir :


 

Nous voici à la fin de ce voyage lyrique en compagnie d'Orphée. Ces quelques oeuvres nous font découvrir plusieurs visages du musicien qui a tant inspiré les artistes depuis des siècles. Cette liste d'ouvrages lyriques n'est bien entendu pas exhaustive. Si Orphée suscite une telle fascination, c'est que ses symboles sont multiples et touchent à l'essence même des angoisses et préoccupations de l'être humain : Orphée représente à la fois l'amour absolu qui survit ou veut survivre par delà la mort, mais aussi l'amour impossible. Il est aussi l'homme celui qui a voulu voir l'invisible, pénétrer dans des contrées inaccessibles et percer le mystère de la mort. 

Enfin et avant tout, célébrer Orphée, chantre d'Apollon, c'est célébrer le pouvoir de la musique sur le monde, sur la matière et sur  l'âme humaine. La grande musique qui - si elle est en harmonie avec la musique des sphères - a le pouvoir de nous élever au dessus du matérialiste ambiant et ouvrir notre esprit à d'autres réalités, nous emportant vers les contrées verdoyantes des Champs-Elysées et vers d'autres mondes. 

 

 

Julia Le Brun 

 

Gustave_Moreau_Orphée_1865.jpg

La Mort d'Orphée - Gustave Moreau

 

 

Pour en savoir plus sur le pouvoir du son sur la matière :

https://chevaliers-apollon.blog4ever.com/le-pouvoir-du-son-sur-la-matiere

 

Découvrez également les ouvrages et romans de Julia Le Brun

 

Sources :

Avant-scène Opéra : Orfeo de Monteverdi, Orphée et Eurydice de Gluck, Orphée aux Enfers d’Offenbach.

Autour d’Orphée, Philippe Beaussant, Le Monde de la Musique, mars 2007

Orpheus, dictionnaire de Daremberg et Saglio (1877) https://mediterranees.net/mythes/orphee/daremberg.html

http://www.musebaroque.fr/MB_Archive/Articles/enfers_tragedie.htm

https://operabaroque.fr

 

 

ORphée Corot.jpg



25/05/2019
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 692 autres membres