Le Voyage Lyrique - Initiation à l'opéra

Le Voyage Lyrique - Initiation à l'opéra

Les Voix de l'opéra

La Voix

 

La voix humaine est au fondement même de l’opéra, c’est un instrument bien étrange et unique. Chaque homme ou femme naît avec un certain type de voix, qui peut ensuite évoluer avec l’âge et les rôles choisis, pour le meilleur ou pour le pire.

Certains affirment que tout le monde serait capable de chanter de l’opéra, pour peu que vous trouviez un professeur de chant assez bon pour vous aider à travailler votre voix dans le bon sens . Toutefois, il faut bien admettre que certains ont plus de facilités de d’autres… Même les voix dites « naturelles » ne sont rien sans un travail et un entraînement acharnés.

 

Les types de voix

 

La tessiture est l'ensemble des notes qui peuvent être émises par une voix de façon homogène (même volume, même qualité de timbre et d'harmoniques,). Le travail de la voix peut permettre d’étendre la tessiture dans les graves et dans les aigus.

D’autre facteurs sont également à prendre en compte dans la qualification d’une voix : couleur et qualité de timbre (clair, sombre), puissance, souplesse, capacité d’endurance du chanteur etc.

 On distingue traditionnellement plusieurs classifications de voix qui peuvent ensuite être affinées en fonction de différents facteurs.  Aucune classification n’est réellement possible, et les frontières entre chaque « type » de voix sont relativement floues. Toutefois, une basse ne pourra jamais devenir un ténor, ni une soprano colorature une alto.

 

Les voix de femmes :

Soprano : (de l’italien "sopra", au dessus)

C’est la voix de femme la plus aiguë. Ceci admis, on distingue une multiplicité de sopranos.

     Le soprano léger ou soprano lyrique léger

C’est une voix claire et souple, aérienne, au caractère très juvénile. Ce sont souvent des rôles de jeunes femmes, de servantes, de soubrettes.

On qualifiera le soprano de colorature s’il est capable d’une très grande virtuosité et de vocaliser aisément dans les aigus et suraigus (au dessus du fameux Contre-Ut).

Exemples d’interprètes : Natalie Dessay, Patrica Petibon, Diana Damrau, Edita Gruberova.

Rôles : La Reine de la Nuit (La Flûte Enchantée), Gilda (Rigoletto de Verdi), Zerbinetta, Ariane à Naxos (R. Strauss), Cunégonde (Candide de L.Bernstein), Olympia (Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach), Lakmé (Delibes) etc.

 



Extrait: Gilda dans Rigoletto, Verdi, par Edita Gruberova

 

Le soprano lyrique

C’est le timbre de voix de soprano le plus courant qui allie force et agilité. On le retrouve souvent Plus puissante qu’un soprano léger, la voix d’un soprano lyrique est capable d’une bonne présence dans les graves ainsi que dans les aigus.

Exemples d’interprètes : Anna Netrebko, Angela Gheorghiu, Renée Fleming etc.

Rôles : Marguerite (Faust de Gounod), La Comtesse (Les Noces de Figaro de Mozart), Pamina (La Flûte Enchantée), Micaëla (Carmen de Bizet) etc.

 

Extrait: Air des Bijoux de Marguerite de Faust

 

 

Le soprano lirico-spinto ou grand lyrique

Ce sont des plus voix puissantes qui deviennent plus courantes dans la seconde partie du XIXème. Elles doivent souvent être capable de tenir face à un orchestre imposant comme les affectionnent Puccini par exemple.

Ex: Mirella Freni, Renata Tebaldi

Rôles : Verdi de maturité, Puccini… Butterfly, Aïda, Tosca etc.

 

Extrait: Elisabeth dans Don Carlo de Verdi, Anja Harteros

 

Soprano dramatique: 

La voix la plus puissante dans tous les registres avec un grave de mezzo-soprano et un aigu moins facile que celui des autres sopranos. La frontière avec un mezzo-soprano dramatique peut être parfois ténue.

Ex: Eva-Maria Westbroak, Deborah Voigt, Birgit Nilsson…

Rôles : Lady Macbeth (Verdi), Turandot (Puccini), Salomé, Elektra (R. Strauss), Brünnhilde (Tétralogie de Wagner)

 

Extrait: La Gioconda, Ponchielli  Eva Maria Westbroek

 

Mezzo-soprano

 

La qualification de mezzo-soprano est devenue courante au XIXè siècle pour désigner les voix de femmes les plus graves, capables de moins de virtuosité dans les aigus mais de plus de puissance vocale dans les graves. Comme pour les sopranos, il en existe de différents types. 

 

  

La voix de mezzo a pu également être choisie par souci d’équilibre musical : le soprano étant réservé à la primadonna, on confiait volontiers le second rôle féminin à une mezzo : Dorabella dans Cosi Fan Tutte par exemple (mezzo-soprano lyrique) ou bien Aldalgisa dans Norma de Bellini.

 

Mezzo-soprano léger

Voix de personnage travesti, jeunes pages espiègles comme Stephano (Roméo et Juliette de Gounod), Siebel (Faust de Gounod) ou Chérubin (les Noces de Figaro). 

 

Extrait: Cherubino dans Les Noces de Figaro, Mozart, Frederica Von Stade

 

 

Mezzo-soprano colorature 

Mezzo-soprano léger doté d'une grande agilité et spécialisé dans certains rôles rossiniens.

Ex : Cecilia Bartoli, Teresa Berganza

Rôles : Angelina (Cenerentola), Rosine (le Barbier de Séville

 

Mezzo-soprano dramatique

Voix éclatante, puissante et extrêmement dramatique.

Ce sont des rôles sombres et puissants qui pourraient souvent avoir tendance à voler la vedette de la soprano primadonna. Ce sont souvent également des ennemies, des « méchantes » ou bien des séductrices. Ces voix graves et charnues semblent naturellement convenir à des femmes fortes, des femmes de tête, la plus célèbre d’entre elles étant Carmen.

Ex : Waltraud Meier, Grace Bumbry, Susan Graham, Elina Garanca…

Rôles : Amnéris (Aïda de Verdi), Ortrud (Lohengrin de Wagner), Didon (Les Troyens de Berlioz), Carmen, Charlotte (Werther de Massenet).

 

Extrait: air d'Eboli dans Don Carlo de Verdi, Waltraud Meier

 

 

Contralto (ou alto)

C’est la voix de femme la plus grave, choisie pour des rôles de sorcières comme dans Le Bal Masqué (Verdi) ou des femmes très matures et sages, comme la déesse-mère Erda de la Tétralogie de Wagner C’est un type de voix très rare souvent remplacé par un mezzo-soprano dramatique. 

 

Les voix d’hommes

 

L’utilisation et le travail de la voix masculine a beaucoup évolué entre le XVIIè siècle et nos jours. Les goûts esthétiques et les mœurs ont changé. 

 

Contre-ténor 

Un contre-ténor est un falsettiste, un chanteur masculin qui utilise presque uniquement sa voix de tête, dite de « fausset » et non sa voix de poitrine. Son registre est à peu près celui d’une mezzo-soprano, mais il tient généralement un rôle d’homme. Les contre-ténors les plus aigus sont parfois appelés « sopranistes». Ils chantent les rôles autrefois dévolus aux castrats (ces rôles sont parfois également interprétés par des mezzo-sopranos). On trouve beaucoup de contre-ténors dans les opéras de Purcell, Monteverdi et surtout Haendel.

Ex : Alfred Deller, Philippe Jaroussky, David Daniels

 

Ex: Rinaldo, Haendel, David Daniels


 

Le Haute-Contre

C’est le contre-ténor dit « à la française » que l’on retrouve surtout dans les opéras baroques français tels que Platée de Rameau. Il est parfois assimilé à un ténor léger car il utilise une voix «mixte», mélange de voix de poitrine et de voix de tête.

Ex : Jean-Paul Fouchécourt 

 

Le Ténor

Tout comme la mezzo, et la soprano, l'appellation "ténor" n'est venue que tardivement. Ce n'est qu'à la fin du XVIIIième siècle que le terme apparait, remplaçant entre autre "taille" et "haute-contre". Le terme de ténor est certainement  un des plus connus du monde lyrique. Généralement associé aux jeunes héros intrépides et aux amoureux, le ténor a connu ses plus grandes heures de gloire au XIXème siècle, à l’époque des grands opéras romantiques.  C’est alors le Primo Uomo, équivalent masculin de la Prima Donna. C’est en effet à  cette époque que l’on commença à demander au ténor de chanter ses aigus en voix de poitrine, ce qui était auparavant considéré comme du plus mauvais goût…

 

Voici une des classifications possibles des voix de ténor :

 

Ténor léger ou mozartien

Timbre clair, léger, fluide. Si Mozart exige d’eux souplesse et délicatesse (Tamino, dans la Flûte Enchantée), les compositeurs du XIXè s’attacheront à mettre en valeur leur virtuosité et leurs aigus faciles.

Ex : Juan Diego Florez, Rockwell Blake…

Rôles : Ottavio (Don Giovanni de Mozart), Tonio (La Fille du Régiment de Donizetti), Almaviva (Le Barbier de Séville), Ramiro (La Cenerentola de Rossini)…

 

Extrait: Tonio, La Fille du Régiment, Juan Diego Florez

 

Ténor lyrique

C’est la star du XIXè siècle. Le ténor lyrique doit être capable de beaux phrasés, de souplesse et d’aigus victorieux. C’est le héros, l’amant.

Ex : Rolando Villazon, Marcelo Alvarez, Ramon Vargas, José Carreras, Roberto Alagna…

Rôles : Alfredo (La Traviata)  Edgardo (Lucia di Lammermoor), Rodolfo (La Bohème)

 

 

Ténor lyrico spinto

Il est confronté à un orchestre plus puissant et a généralement une voix plus sombre et plus ample. C’est le ténor de Verdi, de Puccini et des compositeurs véristes de la fin du XIXè siècle.

Ex: Placido Domingo, Jonas Kaufmann, Luciano Pavarotti.

Rôles : Don José (Carmen), Manrico (Le Trouvère), Calaf (Turandot), Mario (Tosca)

Extrait: Nessun Dorma, Turandot, Puccini, Placido Domingo

 

Ténor dramatique ou wagnérien ou « Heldenténor » (ténor héroique)

Le ténor dramatique a une voix large et puissante au timbre percutant. Ces rôles requièrent moins d’aigus, mais une grande  puissance.

Dans le répertoire wagnérien, nécessitant en outre beaucoup d’endurance, on les qualifie de Heldentenors. Ces rôles sont parmi les plus difficiles du répertoire.

Certains ténors lyriques puissants ou dramatiques peuvent être amenés à chanter du Wagner mais à condition d’avoir une technique irréprochable sous peine de s’épuiser ou de se casser la voix. Plàcido Domingo ou Jonas Kaufmann s’y sont essayés avec succès. Toutefois, ceux qui sont capables de chanter du Wagner sont très demandés et ont tendance à se spécialiser, malgré le caractère restreint du répertoire.

Ex : Siegfried Jerusalem, Peter Hoffmann (Heldentenors), José Cura, Jon Vickers…

Rôles : Otello (Verdi), Samson (Samson et Dalila de Saint Saëns), Siegfried, Tristan…

 

Extrait: Siegfried, Wagner

 

Ténor « de caractère ».

C’est le laissé pour compte de l’art lyrique. Souvent salarié d’un opéra, c’est un acteur chanteur à qui l’on confie de petits rôles, c’est le serviteur, le hérault, le bouffon.  S’il joue correctement, son caractère comique peut parfois lui valoir de francs succès auprès du public.

La panacée du ténor de caractère est de chanter le grand rôle de Mime dans la Tétralogie, s’il en est capable.

Frantz dans les Contes d’Hoffmann, Don Basilio dans les Noces de Figaro, Mime dans la Tétralogie.

 

Le baryton

La voix de baryton est la plus courante chez les hommes. Son registre est moins aigu que celui d’un ténor, même si certains rôles requièrent certaines prouesses. On leur donne les rôles d’amis, de pères, de mari trompés, d’amants malheureux. Mozart a offert aux barytons des pages splendides (Le Comte Almaviva dans Les Noces de Figaro) mais c’est vraiment Verdi qui leur a donné leurs lettres de noblesse.

Barytons célèbres : Leo Nucci, Renato Bruson, Thomas Hampson, Dietrich Fischer-Dieskau, Piero Cappuccilli, Ludovic Tézier.

Rôles : Figaro (Le Barbier de Séville et Les Noces de Figaro) Rigoletto (Verdi), Posa (Don Carlo), Macbeth  etc.

 

Extrait: Rigoletto, Verdi, Leo Nucci

 

Le baryton-basse

Cette catégorie n’est pas clairement définie… on applique cette appellation à des barytons ayant un timbre particulièrement grave et des basses importantes, ou bien à des basses ayant la possibilité de monter dans l’aigu. Il s’agit de rôles graves, mais exigeant plus de souplesse et d’aigus qu’une basse profonde.

Ex: Bryn Terfel, Ruggero Raimondi, James Morris.

Rôles : Don Giovanni de Mozart, Wotan dans la Tétralogie de Wagner, Escamillo (Carmen)

 

Extrait: Adieux de Wotan, La Walkyrie, Wagner, James Morris.

 

La basse

C’est la voix la plus grave. Sans surprise, la voix de basse est généralement attribuée aux rôles de personnages âgés, aux pères, aux rois, aux sages. Les véritables basses profondes sont rares et recherchées. Certains compositeurs utilisent également des voix de basse pour des rôles plus comiques, on appelle ces voix « basses bouffes ».

Ex : Nicolai Ghiaurov, Ferruccio Furlanetto, Matti Salminen…

Rôles: Boris Godounov (Moussorgsky), Philippe II (Don Carlo de Verdi), Osmin (L’Enlèvement au Sérail de Mozart), Sarastro (La Flûte Enchantée), le cardinal Brogni (La Juive de Halévy)…

 

 

 

 

 

 

Conférences opéra

 



01/07/2012
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