Le Voyage Lyrique - Initiation à l'opéra

Le Voyage Lyrique - Initiation à l'opéra

Extrait : Nostalgie viennoise

 vienne.gif
           

"Le vieux professeur se leva avec peine du siège de son piano. Cette petite heure de musique l’avait détendu. Il avait ressorti de vieux morceaux de son enfance : un impromptu de Schubert, une sonate de Mozart, la première ballade de Chopin et ses doigts avaient redécouvert le bonheur de faire vibrer le bel instrument. Voilà bien des années maintenant que Heinz von Würzburg avait définitivement dit adieu au chant et à la scène, laissant aux plus jeunes le soin d’incarner les héros qu’il aimait, Roméo, Werther… Il était retourné à son premier amour, ce piano jadis délaissé au profit de cet instrument encore plus exigeant qu’est la voix humaine.

               Il avait également trouvé depuis un autre bonheur, celui d’écouter, former, modeler des voix nouvelles. Il ne choisissait que des élèves doués d’un don vocal certain, et qui, surtout, partageaient sa passion pour la musique.

               Ils étaient nombreux ceux qui, enivrés par les sensations provoquées par le chant, et désireux de briller sur les planches, décidaient de se lancer dans une carrière de chanteur d’opéra. Beaucoup n’avaient aucune éducation musicale, aucune connaissance de l’opéra, et surtout, s’en moquaient totalement. Ils  n’hésitaient pas, en sortant de leur cours de chant, à s’étourdir « d’électro pop », ou tout autre musique que le professeur aurait bien été incapable de nommer et que la nouvelle génération semblait englober sous le qualificatif très approprié de « son ».

               Le professeur ouvrit sa fenêtre en grand. Le printemps était doux et il aimait écouter les bruits de la ville. Il entendit immédiatement son voisin du dessus, le jeune violoniste virtuose qui répétait en prévision de son concert du lendemain au Musikverein, la plus belle salle de concert de Vienne. Plus loin, une cantatrice s’essayait à divers types d’exercices vocaux. Décidément, Vienne était encore un asile pour les musiciens et mélomanes.

               En face de lui, de l’autre côté de sa rue, au coin de Krügerstrasse et Seilerstätte, on avait aménagé la Haus der Musik, la maison de la musique. Le professeur n’était pas persuadé de l’utilité de cette institution. Elle rendait hommage à des personnages qui n’y avaient pas leur place.

               Décidément, ce soir, Heinz se sentait accablé et angoissé. L’appel qu’il avait reçu le matin même continuait de l’obséder. La voix rauque lui avait semblé sortir d’outre-tombe. L’étrangère était certainement aussi âgée que lui, peut-être même plus. Pourquoi s’intéressait-elle au Tiers, et surtout, comment savait-elle ? Elle était peut-être assez vieille pour avoir eu à l’époque, un lien avec les Trois. Il détenait son propre Tiers depuis bien trop longtemps. Il aurait déjà dû le confier à quelqu’un d’autre, quelqu’un de plus jeune, plus vigoureux, qui saurait le mettre en lieu sûr, et qui comprendrait peut-être.

               Mais à qui ? Les jeunes générations étaient si futiles, si détachées du passé, elles lui étaient si étrangères." 

 

 



28/12/2014
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 467 autres membres