Le Voyage Lyrique - Initiation à l'opéra

Le Voyage Lyrique - Initiation à l'opéra

Extrait : Lilith

6a0120a66d2ad4970b012875f15486970c.jpg

Marsyas posa son verre et s’installa confortablement au fond d’un des larges fauteuils de velours noir.

               « Maintenant que tu t’es un peu détendue, j’aimerais qu’on fasse le point sur le clip, pour être sûrs qu’on est sur la même longueur d’onde. »

Lilith acquiesça, sans pour autant bouger d’un pouce de son canapé.

               « Alors déjà, je commence tout seule sur mon mantra.

               – Oui, c’était d’ailleurs une excellente idée.

               – J’ai lu ça quelque part. Ça paraît con « Abracadabra », mais c’est une incantation très ancienne qui permet d’invoquer les puissances paranormales, ça veut dire « je crée sur mes paroles ».

               – « Je créerai d’après mes paroles », rectifia Marsyas, « évra kedebra » en araméen. C’est ce qu’on appelle un mot de pouvoir, un vocable sacré qui possède une énergie née du son. Il faut le prononcer à haute voix pour qu’il fonctionne. C’est presque une manière de copier l’action de Dieu en utilisant le pouvoir du verbe pour créer.

               – Là j’ai pas tout pigé … Bref, si je dis « abracadabra » au début et à la fin de la chanson, ça veut dire que je veux donner vie et réalité à ce que je suis en train de dire ?

               – C’est cela oui.

               – Alors, comme c’est une histoire d’amour passionné, c’est exactement ce que je veux ! ajouta-t-elle en se resservant un verre de champagne.

               – Pourquoi, est-ce que tu n’es pas déjà comblée ? demanda Marsyas en passant la main dans ses épais cheveux bruns. »

Miss Lilith ne répondit pas.

               « Donc, reprit Marsyas avec indifférence, que fais-tu une fois que tu as dit ton mantra ?

               – Je sors d’une espèce de cercueil blanc en titubant et je chante ma première strophe qui parle de mon désir d’amour, dans mon vêtement en écailles dorées, avec un chat blanc dans les mains.

               – En fait c’est un incubateur, et c’est plutôt un lapin blanc, bien qu’un chat puisse également convenir.

               – Je chante que je veux trouver un super amour, un mec parfait, si génial qu’il n’en existe pas dans ce monde. Et quand je l’aurai trouvé, je serai tellement heureuse que le monde me paraîtra transfiguré.

               – N’oublie pas, quand tu sortiras de l’incubateur, il faudra que tu aies l’air en transe, comme possédée par une entité surnaturelle.

               – Si tu veux. Ensuite apparaîtra mon Dieu, vêtu d’or comme Apollon, avec un diadème sur la tête et une immense pierre verte. J’ai vu le figurant d’ailleurs, il est sexy. Super beau blond. Alors là, j’exécute une danse « lascive » comme tu dis pour lui plaire et lui prouver que je sais baiser. Par contre, je capte pas pourquoi ya d’autres mecs.

               – C’est une sorte d’assemblée de Dieux. Ton personnage doit être vendu aux enchères, et c’est le beau blond qui va t’acheter.

               – Là, je me mets à marcher à quatre pattes vers lui.

               – Il t’a achetée, il est ton maître, le côté soumis, ça plaît pas mal, fit Marsyas.

             – Mon dernier couplet parle de l’extase sexuelle. J’adore la manière dont tu veux le mettre en scène : un twerk sexy, ce mec canon étalé sur un lit rouge, et des têtes de boucs, ça fait grave diabolique !

               – Il y a un peu de ça.

               – Alors, le lit s’enflamme, mon harder disparaît et je deviens une sorte de déesse qui porte un môme dans ses bras avant de se transformer en cygne noir. Mais pourquoi un gamin ? Et un cygne noir ?

               – Tu as été fécondée par ton Dieu et vas donner naissance à une nouvelle humanité. Le cygne noir est un animal noble et rare.

               – Ensuite je finis le clip avec mon incantation, en dessinant trois fois avec mes mains le signe six.  Comme je te disais, j’ai pas tout capté.

               – Ce n’est pas grave, fit Marsyas avec une certaine impatience. Tu as compris l’essentiel. Je te conseille de te reposer maintenant. Tu dois pouvoir danser avec énergie demain, pour plaire à ton Dieu ! fit-il avec un clin d’œil.

               – Parfois, je me demande si je ne vais pas finir barge avec toutes tes histoires. Au fait, ajouta-t-elle alors que Marsyas s’apprêtait à partir, t’as pu résoudre cette énigme, ce truc que ta reum t’a donné avant de mourir ?

               – Quel truc ? fit Marsyas, d’un air distrait.

               – Mais si, tu te souviens, tu étais tout retourné. Tu m’as dit qu’elle t’avait laissé un doc chelou et que t’aurais peut-être plus d’infos chez un vieux en Autriche.

               – Ah oui, et bien finalement, ça n’a rien donné. Je crois que ma mère était un peu gâteuse vers la fin.  Bonne soirée ! »



28/12/2014
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 480 autres membres