Le Voyage Lyrique - Initiation à l'opéra

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Extrait : Expérience verdienne à Valencia

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                 "Une fois la lumière éteinte, l’ambiance changea immédiatement et le rideau se leva sur un tout autre décor. Le metteur en scène avait reconstitué les splendeurs de la République de Gênes. Simone Boccanegra avait été en effet le Doge d’une des plus riches cités d’Italie et la principale rivale de Venise au quatorzième siècle. Sols et colonnes de marbre, costumes dorés, manteaux de pourpres, armures étincelantes, un foisonnement de couleurs et de luxe, au service d’une des plus belles musiques jamais composées Le grand solo de Boccanegra, pendant lequel le Doge, dans la grande salle du Conseil de Gênes, appelle les factions rivales de la ville à cesser de s’entredéchirer, fut interprété par Domingo de manière bouleversante. Maria avait l’impression que chaque inflexion, chaque respiration, chaque vibration sonore la touchaient directement au cœur. Tout le public, dans un silence concentré,  semblait vibrer en harmonie avec la voix large et chaleureuse du chanteur. Quand le chœur, pris par la puissance de conviction de Boccanegra, enchaîna alors sur le même thème et que s’éleva par dessus le timbre énergique du ténor et la voix éthérée de la soprano, Maria fondit en larmes. C’était de telles expériences qui lui donnaient envie de vivre et d’arpenter l’Europe. Quand le chœur s’acheva doucement sur un délicieux trille de la soprano, toute l’énergie positive que la salle avait accumulée éclata dans des applaudissements frénétiques et ce n’est qu’au bout de plusieurs minutes que le chef d’orchestre put enfin faire signe au ténor de poursuivre l’action.

               La deuxième partie fut tout aussi riche d’émotions fortes. Le grand duo entre Boccanegra, le baryton, et son beau-père Fiesco, un splendide rôle de basse verdienne, laissa Maria toute frémissante. L’histoire de ces deux hommes, presque des vieillards pour l’époque, réconciliés au terme d’une vie de haine et de désespoir, aurait pu paraître pathétique si elle n’avait pas été servie par des mélodies d’une tendresse extrême. Maria, entre deux sanglots étouffés, ne put s’empêcher de penser que Verdi était vraiment un grand maître du chant. Le génie avec lequel il avait réussi à faire vivre ces deux voix graves qui se répondaient et se mêlaient, sur deux textes différents, ne pourrait plus jamais être égalé.

               À la fin du duo, Domingo s’écroula. La salle entière frissonna, tremblant presque pour la santé du chanteur. Mais Boccanegra devait mourir, empoisonné, et s’il était quelque chose que Domingo savait faire mieux que tous les plus grands acteurs, c’était bien mourir sur scène. Le ténor et la soprano n’eurent que le temps de le rejoindre pour son agonie. Boccanegra expira dans les bras de sa fille, et lorsque chœur et orchestre eurent exprimé leur désespoir, la salle conserva quelques instants un silence religieux, quelques secondes hors du temps pendant lesquels le public se recueillait dans une seule émotion commune.

Puis ce fut l’explosion de joie, ce cadeau fait par le public à ceux qui ont su les faire vibrer, une vague de cette énergie que les chanteurs leur ont offerte et que la salle leur rend sous forme d’applaudissements et de bravos frénétiques.
               Maria, encore toute époustouflée par ce qu’elle avait vu et entendu, n’attendit pas la fin des saluts.  Elle avait profité de l’entracte pour repérer l’entrée secrète des coulisses à l’intérieur du bâtiment et avait bien l’intention d’aller témoigner son admiration à celui que l’on appelait désormais le Maestro."

 



28/12/2014
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